Guide de Cadix : Plages, Villages Blancs et le Carnaval
La province de Cadix est la preuve qu’en Andalousie, tout n’est pas à l’intérieur des terres. Ici, le tourisme de monuments et de cathédrales cède la place à autre chose : l’Atlantique immense, les plages qui semblent ne jamais finir, les sierras intérieures pleines de villages blancs, les couchers de soleil qui transforment le ciel en quelque chose d’irréel et une capitale qui s’avance sur la mer depuis une péninsule étroite comme un navire à l’ancre.
Cadix compte cent trente-huit kilomètres de côte, quarante-quatre communes et le Parc Naturel de la Sierra de Grazalema. Mais elle possède surtout une lumière différente. La lumière de la côte atlantique est plus blanche, plus propre, et combinée au bleu de la mer, elle produit un contraste qui explique pourquoi tant de publicités automobiles et de parfums ont été tournées ici.
La ville de Cadix : la petite tasse d’argent
La capitale a un énorme avantage : étant sur une péninsule reliée seulement par une étroite langue de sable, la mer se voit de presque n’importe quel point. Place San Juan de Dios, la Caleta, le Campo del Sur, la promenade de Santa Bárbara… Avec les défenses baissées, on peut mesurer chaque promenade en kilomètres de côte.
La Cathédrale de Cadix, de style baroque et néoclassique, fut commencée en 1722 et achevée seulement en 1838. On l’appelle « la cathédrale des cent ans ». Elle a un air de la cathédrale de La Havane — le même architecte, Vicente de Acero, a travaillé sur les deux. On peut monter à la Tour de l’Horloge (Tour de Poniente) pour avoir le panorama complet de la ville, du port et de l’océan.
Le Quartier du Pópulo est le plus ancien de la ville et l’un des plus anciens d’Europe. Trois arcs médiévaux — l’Arc de la Rose, l’Arc des Blancs et l’Arc du Pópulo — marquent les entrées de ce qui fut la ville médiévale fortifiée. Se promener ici au crépuscule, quand les rues se vident et que la pierre ostionera commence à refléter la lumière orangée, fait partie de ces moments qu’on ne planifie pas et dont on se souvient.
Le Marché Central est une visite obligatoire même si vous n’achetez rien. Le bâtiment est néoclassique et ses étals vendent les meilleurs poissons et fruits de mer de la région. À l’arrière, il y a un couloir d’échoppes où l’on fait frire le poisson minute. Le cazón en adobo et les tortillitas de camarones qu’on y sert valent le voyage à eux seuls.
Le Gran Teatro Falla est le temple du Carnaval de Cadix. Sa façade en brique rouge apparente est inimitable. Si vous ne tombez pas pendant le carnaval (février), le théâtre mérite la visite pour l’architecture moderniste. Et si vous tombez pendant le carnaval, tout le reste peut attendre.
Les plages de la Costa de la Luz
La côte gaditane se divise en deux tronçons : la côte atlantique qui va de Sanlúcar de Barrameda à Tarifa, et la méditerranéenne qui démarre à Tarifa et continue vers Malaga. Les deux valent le coup, mais elles sont très différentes.
Plage de Bolonia (Tarifa) : une langue de sable de presque quatre kilomètres avec une dune naturelle de trente mètres de haut. Au fond se découpent les ruines romaines de Baelo Claudia, une usine de salaisons du IIe siècle av. J.-C. Le vent est presque constant ici — Tarifa est la capitale européenne du kitesurf — donc les jours de vent, le sable gêne. Les jours de calme, Bolonia est difficile à surpasser.
Plage de Zahara de los Atunes : sable fin, eau plus chaude qu’en Méditerranée (oui, vous avez bien lu : l’Atlantique ici peut être plus chaud que la Méditerranée en juillet), paillotes avec poisson frais sur la plage. Zahara a le charme d’un village qui fut hameau de pêcheurs et a grandi sans perdre son caractère.
Plage de la Caleta (Cadix ville) : la plage urbaine par excellence. Petite, abritée entre deux châteaux (Santa Catalina et San Sebastián), avec la promenade du Malecón d’un côté et le quartier de la Viña de l’autre. C’est la plage qui apparaît sur les cartes postales de Cadix et dans plus d’un film de James Bond.
Los Caños de Meca : plages de sable doré avec des falaises basses et des pins qui arrivent presque jusqu’au sable. L’ambiance est plus alternative que dans d’autres zones de la côte. Au cap Trafalgar — oui, celui de la bataille — se dresse un phare d’où l’on voit le coucher de soleil le plus hypnotique de la province.
Pour des plages plus familiales et avec moins de vent, la zone de El Puerto de Santa María (Valdelagrana, La Puntilla) et Chipiona sont les plus recommandables.
Les Villages Blancs
La montagne gaditane est l’autre visage de la province. À mesure que l’on quitte la côte et que l’on s’enfonce vers l’intérieur, le paysage change : collines couvertes de chênes verts, gorges creusées par les rivières, vautours fauves sur les à-pics, et villages qui semblent collés au flanc de la montagne.
Arcos de la Frontera : le plus célèbre des villages blancs gaditans et la porte d’entrée de la Route des Villages Blancs. Le centre historique est perché sur un éperon calcaire que le fleuve Guadalete enlace sur trois côtés. Le mirador de la Peña Nueva donne sur une falaise verticale de cent mètres d’où l’on domine toute la plaine. L’église de Santa María est gothique-mudéjare avec un portail plateresque qu’on ne s’attend pas à trouver dans un village de trente mille habitants.
Vejer de la Frontera : si Arcos est le plus spectaculaire, Vejer est le plus beau. Le village s’élève sur une colline à près de deux cents mètres au-dessus de la vallée du fleuve Barbate, à seulement dix kilomètres de la côte. La place d’Espagne est l’une des plus belles places principales d’Andalousie, avec une fontaine d’azulejos centrale et des palmiers centenaires. Se perdre dans le quartier juif de Vejer, avec ses arcs, ses passages et ses pots de fleurs suspendus, vaut mieux que de visiter bien des grands monuments.
Grazalema : à l’intérieur du Parc Naturel de la Sierra de Grazalema, ce village est le point de départ idéal pour des randonnées. La sierra de Grazalema détient le record pluviométrique de la péninsule ibérique (plus de deux mille litres par mètre carré par an), ce qui signifie qu’il y a ici des forêts de sapins d’Espagne, un conifère préhistorique qui ne pousse que dans cette sierra et dans certaines zones du Maroc. La randonnée du Pinsapar est l’une des excursions d’une journée les plus recommandables de la province.
Setenil de las Bodegas : le village le plus singulier de Cadix et l’un des plus particuliers d’Espagne. Les maisons sont littéralement encastrées sous un énorme rocher de travertin qui fait office de toit naturel. Les rues Cuevas del Sol et Cuevas de la Sombra passent sous la roche suspendue. Manger dans l’une des terrasses sous la pierre, avec la sensation que le plafond va vous tomber dessus d’ici trois ou quatre mille ans, est une expérience étrange et recommandable.
La route des vins : Jerez et Sanlúcar
La province de Cadix est un territoire viticole de premier ordre. Le triangle formé par Jerez de la Frontera, Sanlúcar de Barrameda et El Puerto de Santa María produit certains des vins mutés les plus prestigieux du monde.
Jerez de la Frontera est connue pour trois choses : le vin, les chevaux et le flamenco. L’École Royale Andalouse d’Art Équestre propose un spectacle intitulé « Comment dansent les chevaux andalous » qui fascine même ceux que les chevaux n’intéressent pas. Les caves — González Byass (celle de Tío Pepe), Domecq, Lustau — se visitent et la visite inclut une dégustation. La Cathédrale et l’Alcázar de Jerez complètent le circuit culturel.
Sanlúcar de Barrameda, à l’embouchure du Guadalquivir, est célèbre pour la manzanilla (un vin similaire au fino mais élevé exclusivement à Sanlúcar, au bord de la mer) et pour les courses de chevaux sur la plage au mois d’août (les plus anciennes courses de chevaux d’Espagne, classées Fête d’Intérêt Touristique International). Ne manquez pas les crevettes de Sanlúcar à Bajo de Guía.
Que Manger à Cadix
La cuisine gaditane tourne autour de la mer. Le thon rouge de madrague — le porc ibérique de la mer, comme l’appellent certains chefs — est la star absolue.
- Thon rouge de madrague : la madrague est une technique de pêche artisanale phénicienne qui capture les thons pendant leur migration de l’Atlantique vers la Méditerranée entre avril et juin. Durant ces mois, vous trouverez dans les bars de Zahara, Barbate et Conil les différentes parties du thon : parpatana, morrillo, tarantelo, descargamento. Chaque découpe a une texture et une saveur différentes.
- Tortillitas de camarones : galettes croustillantes très fines faites de toutes petites crevettes, farine de pois chiche, oignon frais et persil. Les meilleures se trouvent à San Fernando et au Marché Central de Cadix.
- Cazón en adobo : dés de roussette marinés en adobo (vinaigre, ail, paprika, cumin) et frits. Le classique du tapeo gaditan.
- Pescaito frito : anémones de mer, rougets, soles, petits encornets. À Cadix, on frit avec de la farine de pois chiche au lieu de farine de blé, ce qui donne un résultat plus croustillant et plus léger.
- Papas aliñás : pommes de terre bouillies assaisonnées d’huile d’olive, vinaigre, oignon frais et persil. Simples et addictives.
Quand Visiter Cadix
La province de Cadix fonctionne toute l’année grâce à son climat. Les hivers sont très doux — en janvier la température moyenne est de 12 degrés — et les étés chauds mais supportables grâce au vent de levant et de ponant.
Février est le mois du Carnaval de Cadix, probablement le plus drôle d’Espagne. Les chirigotas de rue chantent des couplets satiriques sur l’actualité politique et sociale avec un esprit et une acidité qui seraient impensables dans d’autres villes. Le carnaval n’est pas seulement le défilé : c’est toute la ville transformée en scène pendant deux semaines. Si vous venez au carnaval, réservez l’hébergement au moins trois mois à l’avance.
Le printemps et l’automne sont les meilleures périodes : plages sans affluence, températures agréables pour randonner à Grazalema, et le spectacle du thon de madrague en mai-juin.
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Questions Fréquentes
Quelle est la meilleure plage de Cadix ? Cela dépend de ce que vous cherchez. Bolonia pour le paysage et l’espace, Zahara de los Atunes pour l’ambiance et la gastronomie, La Caleta pour être en pleine ville, Los Caños pour une ambiance plus bohème. À Cadix, le problème n’est pas de trouver une bonne plage, c’est de décider laquelle écarter.
Faut-il une voiture pour parcourir la province ? Pour la ville de Cadix, non. Pour les villages blancs et les plages, oui. La voiture est presque indispensable si vous voulez vous déplacer librement dans la province.
Combien de jours faut-il pour voir Cadix ? Pour la capitale, un week-end prolongé (3 jours) permet de voir l’essentiel et de profiter de la plage et des terrasses. Pour faire la province tranquillement — plages, villages blancs, Jerez et Sanlúcar — il faut au moins une semaine.
Est-il vrai qu’il y a du vent tout le temps à Cadix ? Dans la ville, pas spécialement. À Tarifa et sur les plages du détroit, oui. Le vent de levant peut être gênant mais il rafraîchit aussi en été, et à Tarifa, il transforme la plage en paradis pour les sports de vent.